Les leçons du déraillement de Brétigny-sur-Orge vont se concrétiser de façon moins visible pour les voyageurs, car elles concerneront la réorganisation en interne de l'entreprise. En effet, les dirigeants de la SNCF ont affiché la thématique sécurité en tête de gondole du futur système ferroviaire – arrivée d’un général et création de postes de direction chargés des risques et des audits – et le déclenchement d’inspections supplémentaire des 250 établissements.

Améliorer les référentiels

Surtout, les pratiques des cheminots de l’infrastructure chargés d’entretenir les voies ferrées au quotidien vont évoluer au fil des mois. “Nous avons travaillé à améliorer les normes et règles de maintenance qui constituent les référentiels dont disposent les agents“, a indiqué Jacques Rapoport, président de RFF (futur SNCF Réseau), au cours d’un séminaire de presse, le 10 septembre 2014. Le groupe public répond, ainsi, à une attente du Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT).

“Les livrets dont disposeront les cheminots sont en cours d’impression et seront distribués début 2015 à tous les agents chargés de l’infrastructure. Ils ne seront pas trop épais pour être maniables et facile d’utilisation“, précise de son côté Pierre Izard, dg de SNCF Infra qui est appelé à devenir le responsable sécurité et qualité du système ferroviaire dans la holding SNCF. Le groupe entend présenter publiquement ce document dans quelques semaines, et répondre, ainsi, à sa nouvelle politique de “transparence absolue“. La SNCF va notamment publier, sur son site internet, tous les incidents ou accidents qui surviennent sur le réseau.

Reste que sur le plan opérationnel, et pour soulager “la machine à produire de l’infrastructure qui est sous pression“ étant donné le volume exceptionnel de travaux, Jacques Rapoport mise, également, sur l’arrivée de renforts humains. C’est seulement en 2015 que les embauchés de 2012 arriveront sur le terrain après une longue formation.

Encourager les "Whistleblower"

Pour prévenir toute faille dans la sécurité, le groupe ferroviaire va se doter d’un super vigile à travers le général Frédéric Castay, nommé Inspecteur général chargé de la sécurité,. “Il rapportera uniquement à Jacques Rapoport et à moi-même et pourra intervenir à l’improviste sur n’importe quel site“, a expliqué Guillaume Pepy, président de la SNCF.

Mais, le rôle du général sera plus large. Le patron de la SNCF veut en faire le réceptacle des signalements effectués par des cheminots à l’égard, par exemple, de leur hiérarchie qui enfreindrait des règles. “Un système comme il en existe chez Air France et qui préserve l’anonymat, précise-t-il, l’idée n’étant pas de sanctionner celui qui est signalé mais d’aboutir à corriger des procédures“. Reste à savoir si un tel dispositif ne va pas alourdir davantage l’ambiance au sein de la maison SNCF.

Faciliter les signalements

Pour repérer des anomalies sur les voies et leurs abords, la SNCF fait aussi le pari des yeux extérieurs. "Nous allons mettre en place une plateforme qui sera ouverte au public à partir de janvier 2015 pour faire converger les informations qu'on nous envoie déjà sous diverses formes : courrier, signalement en gares“, détaille Pierre Izard. L’entreprise ne risque-t-elle pas un engorgement d'alertes sans intérêt ? “Durant l’été, ce système a été expérimenté auprès de nos agents, nous avons reçu 1200 signalements. Nous allons devoir trier, mais ce système centralisé permettra d’éviter les doublons“.

Créer "une échelle de Richter"

Par ailleurs, inspiré par le secteur nucléaire, l'entreprise travaille avec des experts à la mise en place d’une échelle de classification des événements allant des incidents les plus légers aux accidents lourds. Une échelle lisible par le grand public et qui “permettra en interne d’établir une prise de conscience et une réflexion pour améliorer les pratiques“, estime Florence Rousse, dg de l’Etablissement public de sécurité ferroviaire (EPSF).

Enfin, cerise sur le gâteau, sécurité et manie sondagière se rencontrent : la SNCF a commandé à Opinion Way une enquête grandeur nature auprès de ses 150 000 cheminots. L'Objectif ? Connaître leur avis concernant la sécurité avec ce genre d'interrogations : “Pour vous, les mesures mises en place par la SNCF pour garantir la sécurité du personnel sont : excellentes/bonnes/assez bonnes/assez mauvaises/mauvaises/très mauvaises ?“

Bonne question, mais après ?

Marc Fressoz