Si la marque iDVROOM est de création récente, son dirigeant est un vieux routier du covoiturage. Olivier Demaegdt a rejoint, en 2007, Ecolutis, un pionnier du secteur créé un an auparavant dans le but de promouvoir des solutions de covoiturage pour les collectivités et les entreprises.

En 2013, Ecolutis absorbe un autre pionnier, Green Cove, dont la SNCF est actionnaire à hauteur de 30%. Le groupe ferroviaire décide, fin 2013, de prendre le contrôle total de la nouvelle entité, et demande à Olivier Demaegdt de rester aux commandes.

A l'époque, la SNCF explique qu'elle "souhaite être présente sur ce marché pour compléter son offre de transport et répondre aux nouvelles attentes des clients vers des modes de transport alternatifs". Un an après cette acquisition, le site idvroom.com naît de la fusion des différentes sites de covoiturage développé jusque-là (123envoiture.com et easycovoiturage.com…). Objectif affiché ? Booster le covoiturage courte distance. Interview d'Alain Demaegdt.

MobiliCités : iDVROOM est le rassemblement de 123envoiture.com et easycovoiturage.fr, c'est donc juste un changement de nom ?
Olivier Demaegdt :
C'est plus qu'un changement de nom. Techniquement, tout a été refondu. Nous voulions développer un outil plus efficace capable de servir à la fois le service iDVROOM pour les particuliers, mais aussi l'ensemble de nos clients, entreprises et collectivités comme le département des Landes, Sophia Antipolis, Nantes, Dukerque…

iDVROOM est un site national de covoiturage, mais vous avez aussi des sites locaux. Expliquez-nous comment cela fonctionne.
Comme je le disais, dès l'origine nous nous sommes positionnés sur le marché du covoiturage courte distance domicile-travail en développant, pour des collectivités ou des entreprises, des sites locaux. L'idée pour ces collectivités était de répondre à l'éclosion spontanée du covoiturage sur leur territoire, de l'organiser et de le sécuriser en créant notamment des aires aménagées.
Mais, sur ces sites les covoitureurs peuvent aussi trouver ou déposer des demandes qui dépassent largement les frontières locales. L'ensemble de ces demandes se retrouvent à la fois sur le site iDVROOM et sur les sites locaux. Aujourd'hui, nous comptons environ 900 000 inscrits.

Cela paraît bien peu par rapport à un site comme blablacar qui revendique 10 millions d'abonnés. N'est-ce pas un peu trop tard pour les autres acteurs du covoiturage ?
Il est important de rappeler que les dix millions d'abonnés revendiqués par blablacar c'est sur toute l'Europe. Ils sont présents dans une quinzaine de pays. Ensuite, le marché est loin d'être saturé. Je cherche régulièrement des offres de covoiturage sans en trouver. Peut-être parce que je ne voyage ni le vendredi soir, ni le dimanche.
Il y a encore beaucoup de choses à faire pour développer le covoiturage. Par ailleurs il existe de nombreux services sur internet qui sont moins connus que les leaders, et qui fonctionnent très bien. Il suffit de voir comment Google est arrivé après Yahoo, ou comment le bon coin s'est développé malgré eBay.

Donc, il y a de la place pour tout le monde...
Oui, bien-sûr. Certes, il y a eu une accélération très forte, y compris médiatique, sur ce sujet, mais il y a quelque chose qui a été beaucoup moins médiatisé, c'est la très forte croissance du covoiturage domicile-travail. En Loire-Atlantique par exemple, les aires de covoiturage explosent et elles sont rapidement saturées.
C'est sur ce marché que nous allons nous concentrer en développant des outils pour faciliter le covoiturage au quotidien. Jusqu’à présent, nous nous contentions de mettre les covoitureurs et les covoiturés en relation. Ce que nous allons proposer, c'est par exemple, un outil de planning ainsi qu'un outil pour faire les comptes parce que les bons comptes font les bons covoitureurs.

Pourquoi avez-vous revendu Ecolutis à la SNCF ?
Nous avions besoin de nous adosser à un acteur solide. Nous sommes dans un secteur où il faut constamment investir pour innover. Il nous fallait des moyens financiers. Et puis, je trouve passionnant de faire entrer le covoiturage dans le service public. Depuis le début, nous pensons que le covoiturage doit être un maillon de la chaine de la mobilité. Nous ne nous sommes jamais vus comme un concurrent du transport public.
Et pour la SNCF, le covoiturage entre parfaitement dans leur concept de transport porte à porte. L'idée est de proposer le panel le plus large de solutions de mobilité en complément du trajet en train. D'où les taxis iDCAB et maintenant iDVROOM.

La SNCF va-t-elle développer des aires de covoiturage à proximité de ses gares ?
Il y a déjà pas mal de gares où il existe des places de covoiturage notamment en Ile-de-France. Cela devrait se développer même si dans certaines gares, ce ne sera pas simple compte tenu de la fréquentation des parkings.

Vous dites qu'il n'y a pas de concurrence, mais dans l'esprit de certains élus, elle existe réellement, surtout si vous développez le domicile-travail qui est le principal marché du transport public
Bien sûr, il y a parfois des zones de frictions, des moments où les modes peuvent être concurrents. Mais, il ne faut pas le voir comme une menace. La bonne nouvelle c'est que nous faisons entrer le covoiturage dans le transport public.
Si certains considèrent le covoiturage comme un concurrent c'est parce que justement ils ne l'ont pas intégré dans une offre multimodale. C'est un mode de déplacement comme un autre qui, s'il est bien organisé, ne rentrera pas en concurrence frontale avec le transport public. On peut imaginer une information voyageur mutualisée, un marketing commun et pourquoi pas un titre unique permettant d'utiliser indifféremment tel ou tel mode.

Ce que les collectivités doivent développer, c'est la complémentarité entre les modes de transport. On peut ainsi imaginer que quelqu'un opte pour le covoiturage à midi pour se rendre à tel endroit parce qu'il sait qu'il aura un car pour le ramener à 18h00.

Pour conclure, il est important de dire que  le covoiturage va se développer
qu'on le veuille ou non parce qu'il répond à un besoin. Alors, soit la collectivité l'embrasse et essaie de l'organiser pour que ça serve les intérêts du plus grand nombre, soit elle passe à côté.

Propos recueillis par Robert Viennet

Retrouvez l'intégralité de cet interview dans le numéro de novembre de Transport Public -