La SNCF a mis fin au faux suspense le 30 août 2016. C’est bien avec Alstom que la compagnie ferroviaire va concevoir le TGV du futur. Le groupe public présentera, le 7 septembre, le "partenariat d'innovation" passé avec le constructeur pour la conception d'un nouveau modèle de TGV.

Un marché estimé à 50 millions d’euros par Emmanuel Macron qui doit, dans un second temps, déboucher sur une commande d’une centaine de rames sur dix ans si l’on en croit le président de la SNCF, Guillaume Pepy. Concrètement, ce "partenariat d’innovation" devrait aboutir à la livraison des premières rames Alstom en 2021. Même si en principe, la SNCF peut se réserver le droit de lancer un appel d'offres pour choisir un autre constructeur, ce scénario paraît peu crédible.

Ce résultat était attendu depuis le lancement de ce "partenariat d'innovation". En effet, l’appel d’offres lancé par la SNCF, en juillet 2015, n’a vraisemblablement reçu qu’une seule réponse au mois de mai 2016 : Alstom. Interrogés sur cette initiative, Bombardier, CAF et Siemens avaient fait savoir qu’ils ne comptaient pas participer à ce processus, la partition étant écrite d’avance. En particulier, Siemens ne se voyait pas travailler avec la SNCF pour imaginer le TGV du futur, et voir la production confiée à un autre industriel.

Un scénario écrit d’avance

Il faut dire que l’exécutif avait bien préparé le terrain au groupe français. Le plan TGV du futur lancé en 2013 par le ministre de l’Économie de l’époque Arnaud Montebourg, réunissait déjà des partenaires industriels et des laboratoires de recherche autour d’Alstom. Lors d’un point sur l’avancement des plans de la nouvelle France industrielle liés au transport en mars 2015, son successeur Emmanuel Macron et le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies, avaient annoncé la création d’une une co-entreprise entre Alstom et l’Ademe, l’agence devant y investir une centaine de millions d’euros en R&D pour imaginer ce TGV du futur. Enfin, en décembre 2015, l’exécutif avait annoncé officiellement le lancement de cette co-entreprise baptisée "SpeedInnov". 

"L’objet de cette société est de développer précisément une nouvelle génération de TGV, pas simplement pour le marché français mais aussi pour l’export. C’est une forme de partenariat public-privé qui fonctionne sur un partage des risques entre l’Ademe et Alstom. C’est un très beau schéma, expliquait le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge en juin 2016 dans une interview à MobiliCités. Speedinnov existe indépendamment du marché de la SNCF mais bien évidemment son action sera facilitée si nous obtenons ce partenariat." 

Bref, il s’agit de ne pas connaître la même déconvenue qu'avec le premier TGV lancé en 1981 qui ne s'est pas exporté parce qu'il avait été conçu pour les besoins d'un seul client, la SNCF, et non pour le marché de la grande vitesse.

A quoi ressemblera le TGV du futur ?

Si ce nouveau TGV doit faire rêver les ingénieurs, les voyageurs risquent de rester sur leur faim. Lors de son audition devant l'Assemblée nationale en juin 2014, Guillaume Pepy avait annoncé la couleur : Il n’est plus question d’un modèle haut de gamme à 30 ou 35 millions d’euros par train mais d’un "TGV qui, au siège passager, serait 30% moins cher".

L’objectif ? Proposer "des prix plus bas" au voyageur pour relancer le trafic et s'adapter à un marché du TGV en perte de rentabilité depuis 2008. "L’activité TGV ne dégage plus suffisamment de marges pour investir“, déclarait encore Guillaume Pepy lors de la présentation des résultats 2015 du groupe en mars 2016.

Ainsi, le portrait-robot de nouveau TGV décrit par le patron de la SNCF a été repris mot pour mot par l’exécutif lors de la présentation de SpeedInnov : le TGV du futur devra permettre d'offrir une capacité allant jusqu'à 750 places (contre 600 aujourd’hui pour un Euroduplex, soit 30% de plus). Le coût complet à la rame sera optimisé avec une consommation énergétique fortement réduite (objectif de -35%), ainsi qu'un coût de maintenance très inférieur à celui des rames actuelles. En somme, ce train devra être plus innovant pour être plus économique. 

Bref, ce TGV du futur pourrait ressembler à une rame Ouigo avec de l’innovation en plus, relativement invisible pour le voyageur mais pas pour les finances de la SNCF.

Florence Guernalec