Le PDG de SNCF Réseau a pu constater qu'il avance sur des œufs face aux syndicats. Plusieurs d'entre eux ont vivement critiqué ses propos au journal du 16 novembre 2016. En effet, Patrick Jeantet y estime que "l'arrivée de la concurrence dans le secteur voyageurs permettra aussi de baisser les coûts" du ferroviaire en appoint d'une augmentation de la productivité des travaux sur le réseau.

"Plusieurs Régions veulent expérimenter la concurrence dans le transport de passagers. J'ai proposé de leur apporter notre expertise", a-t-il ajouté.
 
Des propos jugés "contre-productifs"

La CFDT-cheminots, deuxième syndicat réformiste après l'Unsa-ferroviaire et signataire comme celle-ci des nouveaux accords d'entreprises, "conteste" la lecture de Patrick Jeantet dont elle juge les propos "contre-productifs". "De quels coûts s'agit-il ? En quoi la concurrence entre transporteurs permettrait-elle de baisser le coût de l'infrastructure ?", s'interroge la CFDT Cheminots dans un communiqué publié le 17 novembre qualifiant "d'absurde" le souhait d'accompagner les Régions désireuses de tester d'autres opérateurs que la SNCF.
 
L'unité du groupe mise à mal

"Qui peut croire que les Régions iront chercher conseil auprès de SNCF Réseau avant de mettre une ligne en concurrence, alors que SNCF Mobilités ou une de ses filiales se portera candidate à l'appel d'offre ?", se demande la CFDT-cheminots. Le syndicat n'est pas opposé à une "relation partenariale" avec les Régions et est favorable à des diagnostics régionaux sur l'état de l'infrastructure pour cibler les lignes à sauver.  Mais poser SNCF Réseau en conseiller des Régions "met à mal l'unité du groupe" au yeux du syndicat

Par ailleurs, la CFDT-cheminots ne remet pas en cause la recherche d'une meilleure gestion. Elle "fait sienne le nécessaire gain de productivité industrielle de l'entreprise SNCF Réseau" et se réjouit de l'effort financier pris par l'État, qui, détaille-t-elle, prévoit "d'investir 2,8 milliards d'euros annuels en moyenne, pendant 10 ans", à travers le fameux contrat de performance en cours de négociation finale.

Selon nos informations, le projet de contrat aurait pu être adopté la semaine passée mais l'État et SNCF Réseau ont préféré différer sa conclusion. Anticipant un éventuel rejet par l'Arafer – notamment au sujet de la couverture du coût complet du réseau par les péages – qui sera amenée à donner son avis, ils ont pris plus de temps pour ajuster ce détail.   

La CGT aux aguets

La question de la concurrence est évidemment plus sensible pour la CGT-cheminots. Pour Laurent Brun, le secrétaire fédéral de l'organisation interrogé par l'AFP, l'ouverture à la concurrence est un "chiffon rouge" agité pour "détourner le débat des vrais enjeux" que sont "le désengagement total de l'État dans l'entretien des voies, et le manque de vision à long terme"

Lui non plus ne voit pas d'effet bénéfique pour l'état du réseau. "Plus de concurrence sur un réseau saturé signifie des compagnies payant plus cher pour circuler sur les lignes les plus rentables tandis que les autres seront délaissées", prédit-il.

L'Unsa-cheminots, qui n'a pas directement réagi aux propos du président de SNCF Réseau, a rappelé dans un communiqué son opposition à l'ouverture de la concurrence pour le transport de voyageurs.

Selon elle, "la concurrence n'est de nature à améliorer ni la sécurité, ni la qualité, ni les conditions économiques des transports ferroviaires."

Ces déclarations interviennent alors que l'État s'est engagé à proposer prochainement au Parlement une loi d'expérimentation préparant progressivement la libéralisation du TER à partir de 2019 pour une ouverture complète selon les textes européens en 2023.

Concernant le transport de marchandises, la libéralisation est effective depuis 2006.

Marc Fressoz avec AFP