L'Ademe estime à trois millions le nombre de covoitureurs, les sociétés d’autoroute ne pouvaient pas négliger ce phénomène. Depuis quelques temps, on voit surgir des aires de covoiturage ultra organisées, à proximité des échangeurs pour éviter le stationnement sauvage, et favoriser les solutions alternatives de déplacement.

En Haute-Savoie, l’ATMB (gestionnaire de l’A40) a même ouvert le 12 septembre 2012 une plate-forme de mise en relation des covoitureurs en partenariat avec BlaBlaCar.fr (ex covoiturage.fr). En 2011, un abonné ATMB sur cinq a pratiqué le covoiturage. "Nous préférons accueillir une voiture avec trois personnes à bord que trois personnes qui circulent seules en dehors de l’autoroute", explique Philippe Redoulez, directeur général. "Nous sortirons tous gagnants de cette nouvelle pratique qui permet d’alléger le trafic et contribue à l’amélioration du cadre de vie en limitant les émissions de CO2", ajoute t-il.

Notamment dans les zones périurbaines concentrant les plus grandes migrations domicile-travail ou domicile-études. Cette pratique qui émerge depuis une dizaine d’années s’est amplifiée depuis le Grenelle de l’environnement, et la crise économique
"Il y a une forte volonté de nos clients d’aller vers un transport plus écologique : quand on partage les coûts, on partage aussi l’empreinte carbone", note Pierre-Yves Moriette, directeur commercial et marketing du groupe SANEF/SAPN.

Revers de la médaille, le stationnement sauvage qui crée de l'insécurité routière. "Avec le développement du télépéage sans arrêt, on ne peut pas se permettre d’avoir des piétons aux abords des barrières de péage et encore moins des voitures qui effectuent des demi-tours sur la plate-forme", explique Jean-Charles Dupin, directeur des investissements et du développement chez APRR. 


Intermodalité avec les transports publics

Les sociétés d’autoroute se sont donc penchées sur le phénomène, même si le covoiturage n’est pas inscrit dans leur cahier des charges. Le groupe APRR est en train de définir un programme pour développer ces infrastructures qui peuvent être financées dans le cadre de partenariat avec les collectivités locales.

A Bonneville-Est en Haute-Savoie, par exemple, 75 places de stationnement et une ligne de bus express vers Genève. Le parking qui a coûté 235 000 euros a été cofinancé à parts égales par ATMB et le conseil général. La collectivité a mis en service trois autres parkings de ce type à La Maladière (A 40) et sur l’A41, à Saint-Martin Bellevue et Annecy. L’investissement et la gestion ont été pris en charge par le département, la société concessionnaire (l’APRR) a fourni le terrain. "On ne peut pas être le seul pilote de ces projets", note Jean-Charles Dupin.

Dans la Drôme, les quatre aires mises en service en octobre 2011 sur l'A7 ont été cofinancées par les ASF, les départements de la Drôme et de l’Ardèche. Un projet chiffré à 2 millions d’euros pour 410 places (voir encadré). 


1 aire de covoiturage = + 1 an de concession

Autre forme de financement, celui choisi par le groupe SANEF/SAPN. Sur l’A4 à Château-Thierry et sur l’A26 à Saint-Omer, la société autoroutière a construit deux parkings de 10 et 87 places dans le cadre du plan de relance vert de l’économie française inscrit au Grenelle de l’environnement.

Sur les 20 milliards d’euros consacrés à ce plan, un milliard était supporté par les autoroutes françaises, et une action porte sur la création d’aires de covoiturage. "Les travaux d’aménagement de ces parkings sont financés par l’Etat en échange d’un allongement d’un an de la durée des concessions", explique ainsi Pierre-Yves Moriette. "Ce qui n’est pas sans risque puisque nous investissons aujourd’hui alors que nous ignorons quel sera le trafic en 2028 et 2029. C’est pourquoi certaines sociétés d’autoroute n’ont pas voulu prendre ce risque".

Au premier trimestre 2013, la SANEF ouvrira trois autres parkings de covoiturage. Deux sur l’A1 à Senlis (13 places) et à Pont Sainte-Maxence (103 places). Le troisième sur l’A13 sur l’échangeur de Criquebeuf (65 places).


Paquet vert autoroutier

Chez Vinci Autoroutes, on constate que "face à l’augmentation des coûts de transport, de plus en plus de nos clients se tournent vers le covoiturage et il nous paraît nécessaire de les accompagner pour répondre à leurs attentes". Dans le cadre du paquet vert autoroutier prévu au Grenelle, Vinci a déjà créé 800 places pour les covoitureurs, réparties sur neuf parkings. Deux cents autres sont le seront dans les prochains mois.

"Les implantations choisies correspondent aux lieux où l’on a constaté des pratiques de stationnement dont on pense qu’elles relèvent du covoiturage", précise Vincent Fanguet, représentant de Vinci Autoroutes. La société a également cofinancé la construction d’une aire de covoiturage à Dourdan (A10) en partenariat avec le conseil général des Yvelines. Doté de 150 places, elle sera ouverte début 2013 et comprendra un arrêt de transport public par lequel transitera une ligne expresse départementale à destination du pôle d’échanges de Massy.

Christine Cabiron