Si en France, BlaBlaCar suscite simplement l'agacement de quelques responsables de Régions mécontents de voir certaines liaisons TER perdre des voyageurs séduits par ce nouveau service ; en Espagne, c'est autre affaire : l'entreprise de covoiturage a les autocaristes sur le dos. Ils l'accusent devant les tribunaux de concurrence déloyale. 

BlaBlaCar a esquivé, le 1er février 2016, un premier tir de la Confebus, la confédération espagnole de transport par autocar, l'équivalent de la FNTV. En effet, les entreprises qu'elle représente, avaient demandé la suspension des activités de la start-up française dans le pays à titre conservatoire jusqu'à ce qu'une juge puisse trancher sur le fond.
 
Mais le juge du tribunal de commerce de Madrid saisi de l'affaire a rejeté cette demande. Il fait valoir dans sa décision que Confebus "tolère depuis longtemps" la présence de BlaBlaCar, implanté en Espagne depuis 2009. Et selon lui, la confédération doit encore prouver que l'entreprise fait de la concurrence déloyale à ses membres.
 
Le juge ajoute que prendre une décision conservatoire reviendrait à anticiper "les résultats de la décision sur le fond", dans ses conclusions publiées par le tribunal.

Aucune date n'a encore été fixée pour le procès.
 
Deuxième terre de développement après la France


L'Espagne a été le premier pays où la start-up parisienne fondée par Frédéric Mazzella s'est développée, après son lancement en France en 2006. Elle est aujourd'hui un de ses quatre plus importants marchés, avec 2,5 millions d'usagers sur un total de 25 millions dans 22 pays dans le monde, en majorité en Europe, mais aussi au Brésil, au Mexique ou en Inde. BlaBlaCar vient de s'implanter en République tchèque et en Slovaquie.

Jusqu'en 2013, le service de mise en relation de conducteurs et de passagers proposé par la start-up était gratuit. Mais la Confebus estime qu'en le rendant payant, BlaBlaCar est devenu un service de “transport public" dépourvu de licence et qui exerce donc une concurrence illégale et constitue une menace pour les 88 000 salariés du secteur.
  
Selon la Confebus, la chute du nombre de passagers transportés par autocars ces dernières années – conséquence de la crise économique jusqu'en 2013, de la  concurrence féroce du rail mais aussi de l'essor du covoiturage – a rendu la démarche en justice nécessaire. Sur un trajet comme Madrid-Valence, les offres des automobilistes inscrits sur Blablacar représenteraient la moitié des places proposées par les autocaristes.

Un argument rejeté par la start-up française. Elle insiste sur le fait que son rôle se limite à jouer les intermédiaires entre particuliers. Elle n'intervient en rien dans les trajets proposés et veille à ce que 
les conducteurs se contentent de partager les frais de transport, sans gagner d'argent, assure son responsable pour la péninsule ibérique.
 
La montée en puissance de start-up comme BlaBlaCar, actives dans l'économie du partage, ne ne se fait pas sans créer des remous en Espagne. Plusieurs procédures judiciaires visent des entreprises de l'économie collaborative (Airbnb à Barcelone, par  exemple). En décembre 2014, un juge de Madrid avait fait suspendre en Espagne l'application UberPop, qui permet à un particulier de s'improviser chauffeur en ville.
 
Marc Fressoz avec AFP