Ce n’est pas un scoop. Les trajets de banlieue à banlieue sont généralement mal desservis par les transport en commun. "Nous voulions dire la foi que nous avons dans le covoiturage pour pour apporter une partie de la solution", a expliqué Valérie Pécresse en présence des acteurs du covoiturage réunis au conseil régional. Mais après les avoir consulté, étudié leur positionnement et leurs différents modèles économiques, la présidente d’Île-de-France Mobilités a fait le constat que le covoiturage courte distance peinait à décoller. En particulier parce que les acteurs ont du mal à atteindre une masse critique qui permettrait d’optimiser le service, et notamment de sécuriser les passagers pour le trajet retour. 

Donner une visibilité

L’autorité organisatrice a donc décidé de les aider en donnant de la visibilité au covoiturage. Comment ? En intégrant cette offre de transport dans son appli mobile ViaNavigo (3,5 millions de visites/mois). Pour l’instant, cinq sur les huit premiers acteurs (1) y figurent en attendant d’être rejoints par d'autres plates-formes. L’autorité organisatrice avait quatre objectifs : être exhaustif, neutre (ne pas privilégier un service plutôt qu’une autre), pouvoir intégrer d’autres plates-formes et avoir un format ouvert. Une API standardisée qui fait l’interface entre ViaNavigo et le système de chaque opérateur a été mise au point. Elle va alimenter le commun de la Fabrique des mobilités dans l’espoir que d’autres territoires aient la même démarche.

Concrètement, l’usager peut désormais faite une recherche d’itinéraires en choisissant le mode covoiturage dans l’appli ViaNavigo. Et dès qu’il a fait son choix, il est redirigé ver le site de l’entreprise de covoiturage. "Nous n'en sommes qu’au début", a reconnu à plusieurs reprises Stéphane Beaudet, vice-président d’Île-de-France Mobilités. Ainsi, pour l’instant, l’usager doit s’inscrire sur les différentes plates-formes pour accéder à l’offre transport. De plus, il n’est pas encore possible de faire une recherche combinée "covoiturage + transport en commun" même si le recours à ce mode de transport peut être utilisé en complément des transport publics, notamment pour rejoindre une gare. 

Donner envie de tester

Autre défi, changer les habitudes des autosolistes comme des usagers. "Changer les comportements, ne se fera pas un jour, cela doit être accompagné", a prévenu Valérie Pécresse. Ainsi, Île-de-France Mobilités a décidé de lancer l’opération "tous ensemble pour le covoiturage" : durant trois mois, du 1er octobre au 1er décembre 2017, l’autorité organisatrice verse une prime de deux euros par trajet dans la limite de 50.000 euros par entreprise. A charge pour les dix-sept acteurs (2) concernés de choisir si cette prime est versée au conducteur pour lui permettre de rembourser une partie de ses frais et/ou au passager pour rendre le trajet gratuit ou quasi gratuit. Certains considèrent que le plus difficile est de convaincre les autosolistes "d’ouvrir leur portière" ; d’autres qu’il convient d’inciter davantage les passagers potentiels à essayer le covoiturage. Mais certains acteurs ont décidé de surfer sur cette opération pour récompenser passagers et conducteurs et leur faire bénéficier chacun de cette prime de deux euros. 

A ceux qui trouvent que l’opération est bien trop courte dans le temps pour faire changer les comportements, Stéphane Beaudet, a précisé qu’à l’issue des trois mois de l’opération, un bilan sera établi qui déterminera la suite à donner à cette campagne. "Je pense qu’on tient quelque chose de fondamental pour la mobilité de demain. (…) Je sais que cela peut choquer, mais c’est sur la route qu’il y a des choses à inventer ; sur le mass transit, tout est déjà décidé", a-t-il souligné évoquant tous les investissements en cours sur l’infrastructure, le matériel roulant ou encore le Grand Paris Express.

Récompenser les automobilistes vertueux

Au-delà de ces deux mesures d’accompagnement, Île-de-France Mobilités travaille sur ce qui pourrait faciliter le parcours des covoitureurs. Par exemple, des places de parking dédiées au covoiturage dans les gares qui seraient situées à proximité de l’entrée et à tarif réduit. Valérie Pécresse a, ainsi, rappelé la création 5.000 places de parking relais en cours de création depuis 2016 et 10.000 supplémentaires d’ici à 2021. Concrètement, il s’agirait de procéder à une double validation simultanée du pass Navigo de l'automobiliste et du passager comme cela existe déjà aux gares de Chelles-Gournay, Fontainebleau-Avon, Lieusaint-Moissy ou encore Souppes-Château-Landon. S’agissant de la gestion des péages, des discussions avec les sociétés d’autoroutes sont en cours.

Faire gagner du temps

Autre piste d’amélioration, des voies dédiées sur les autoroutes pour gagner du temps. "Apporter l’assurance d’être à l’heure et gagner du temps est primodial", a souligné Stéphane Beaudet. Karos revendique que les passagers gagnent, en moyenne, 24 minutes par trajet comparé à un déplacement en transport en commun. Souhaitant récompenser les automobilistes les plus vertueux, la présidente de la région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités a indiqué que dans le cadre des Assises de la mobilité, elle demanderait à l’État que la voie réservée aux bus sur l’A10 dans l’Essonne, qui doit ouvrir en octobre 2017, puisse être utilisée pour le covoiturage. Elle vise également l’A3 en Seine-Saint-Denis et l’A12 dans les Yvelines.

Reste à savoir où mettre le curseur : à partir de deux personnes par véhicule ou trois ? "Si on passait de 1,2-1,3 passager par voiture à deux, cela réduirait d’un tiers le nombre de voitures sur les routes", a souligné Valérie Pécresse. Se pose alors la question du contrôle des véhicules. Plusieurs méthodes sont possibles comme des personnes motorisées qui sillonnent les routes. Autre possibilité, calculer automatiquement le nombre de passagers dans une voiture – des solutions mises au point par
Xerox et Nec notamment ont déjà été testées. Ensuite, il suffit d’identifier ceux qui fraudent avec des logiciels de lecture de la plaque minéralogique. L’instauration d’une amende très élevée peut également être dissuasif...

Un mode à subventionner ?

L’étape ultime serait que le covoiturage fasse partie de l’abonnement au pass Navigo. Le président et fondateur de WayzUp Julien Honnart pousse cette idée en finançant jusqu’à la fin de l’année, les trajets des abonnés transport de huit villes en France. Son pari ? Que les autorités organisatrices choisissent à terme de soutenir ce mode de transport au même titre que le bus, métro, tram… "Il y a un besoin de subventionner", a également plaidé Frédéric Mazzella, DG de BlaBlaCar. Un appel entendu par Stéphane Beaudet qui s’est néanmoins tenu à indiquer que cette question renvoie à la modernisation de la billettique…

Florence Guernalec

 

(1) Les 8 entreprises de covoiturages présentes ou bientôt présentes dans ViaNavigo : BlaBlaLines, Citygoo, Clem’, Covivo, iDVROOM, Karos, OuiHop’ et WayzUp. 

(2) Les 17 entreprises qui participent à l’opération "tous ensemble pour le covoiturage" : BlaBlaLines, Citygoo, Clem’, Covoit’ici/Ecov, HopWays, iDVROOM, Kankaroo, Karos, MicroStop, OuiHop’, Proxiigen, Rezo Pouce, Roulez malin/Covivo, Trajet à la carte, WayzUp, Wever et Zify.