"Ça ne sert pas à grand chose d'avoir des autobus équipés de rampes d'accès pour les fauteuils roulants si c'est un parcours de combattant pour arriver jusqu'à l'arrêt de bus !", a assez bien résumé Jean Boucherat, président du Conseil économique et social d'Ile-de-France (Ceser) le 9 novembre 2011, lors de la présentation sur l'accessibilité dans les transports de la région capitale.

Il dresse l'état des lieux de la mise en œuvre de la et décrit dans le détail l'ampleur de la tâche à accomplir dans les transports et sur la voirie, et les retards pris par les collectivités locales franciliennes.


3,5 millions de personnes concernées en IDF

L'Institut d'aménagement et d'urbanisme (IAU) estime à 30% les personnes handicapées dans leurs déplacements en Ile-de-France, soit 3,5 millions d'habitants.

La loi oblige les élus locaux, les aménageurs et les transporteurs à penser globalement la chaîne de mobilité (du domicile à la destination finale). Objectif, permettre d'ici à 2015 l'accès des écoles, de l'emploi, de la ville et des transports aux personnes handicapées ou à mobilité réduite (PMR : parents avec poussette et enfant en bas âge, voyageurs chargés, par exemple).

La date butoir de 2015 sera t-elle respectée ?  Denys Dartigues, rapporteur de la commission Transports en doute : "Nous avons auditionné la SNCF, la RATP, les autocaristes du réseau Optile (bus et cars de moyenne et grande couronne ndlr), les associations de personnes handicapées, puis nous sommes allés sur le terrain pour juger par nous-mêmes", explique le représentant de la SNCF au Ceser.
Et visiblement, ils n'ont pas été déçus. "Nous avons vu des trottoirs avec rampes soudainement privés de rampe, du stationnement sauvage de deux-roues sur les trottoirs et devant les gares gênant le passage des personnes en fauteuil roulant, de nombreux arrêts d'autocars pas du tout aménagés pour accueillir une personne en situation de handicap, etc", témoigne-t-il.


Etat des lieux


Si le réseau de bus est globalement "en règle" avec la loi (quand elles renouvellent leur matériel roulant, les collectivités locales achètent des bus équipés de rampes d'accès devenues obligatoires sur les véhicules neufs), les Noctiliens (bus de nuit), les bus et autocars scolaires du réseau Optile le sont beaucoup moins, ajoute Denys Dartigues.

"La perspective pour les lignes Optile est moins satisfaisante à cause des difficultés de financement, du retard dans le choix des lignes à équiper, la maîtrise d'ouvrage multiple pour les arrêts etc.", décrit-il.
Michel Seyt, président de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV) a d'ailleurs récemment averti le ministre des Transports, Thierry Mariani : "Nous ne serons pas prêts pour 2015, la capacité industrielle des constructeurs ne permet pas de tenir le cap du taux de renouvellement annuel".
Les autocaristes ont déjà obtenu une dérogation pour les autocars de tourisme, seuls les ramassages scolaires et les lignes régulières interurbaines doivent être accessibles en 2015.

Du côté ferré, les 65 gares du RER en zone RATP seront accessibles pour cette date butoir, estime le Ceser, "mais les trains ne seront intégralement renouvelés qu'en 2018 ou 2024, ce qui nécessitera une assistance en gares pour les usagers en fauteuil roulant".
Les 187 gares RER et Transilien en zone SNCF ne tiendront pas le calendrier : elles devaient être totalement accessibles qu'après 2018, et "ce sera un peu décalé" à cause de la mise en place tardive des financements, décrit le Ceser.

Finalement, seuls les réseaux de tramways et T Zen (bus à haut niveau de service, en photo, qui circule déjà à Sénart) ont été conçus dès l'origine pour accueillir à bord des personnes handicapées et à mobilité réduite (parent avec poussette et enfants en bas âge, voyageurs chargés, par exemple).

Quant à Vogueo pas du tout accessible, "on nous a répondu que c'était un bateau test", témoigne denys Dartigues. La navette fluviale définitive devrait l'être, mais à Paris, les quais de la Seine sont classés, ce qui risque de compliquer les travaux nécessaires pour les mettre en accessibilité.


Deux milliards d'euros

Deux milliards d'euros - hors matériel roulant- ont déjà été dégagés par le Stif, la région, la SNCF et RFF pour ce vaste chantier de l'accessibilité dans les transports. Près d'1,5 milliard pour le seul réseau ferré (réhaussement des quais, ascenseurs équipés, aménagement des gares), plus de 200 millions pour le réseau d'autobus et d'autocars (aménagement des points d'arrêt) et 200 millions pour les systèmes d'information adaptés au mal-voyants et mal-entendants.

Dans ses conclusions, le Conseil économique et social préconise, entre autres, de désigner un coordinateur chargé de veiller à une meilleure prise en compte de la continuité de cheminement. Et ce un chef de file serait... le Stif qui verrait donc ses compétences étendues en matière de déplacement et de mobilité. Aux dépens des communes ou communauté de communes.

Autre proposition, harmoniser les conditions tarifaires afin de permettre des correspondances multiples avec le même titre de transport "et faire du bus un vrai service de substitution du métro". Aujourd'hui, un ticket à l'unité validé dans un bus ne permet pas de faire plus d'une correspondance.

Nathalie Arensonas