Terminé le boom automobile aux Etats-Unis ?  Selon un rapport du Fonds d’éducation américain, PIRG, la génération Y, c’est-à-dire née entre 1983 et 2000, habite plus en ville et se déplace davantage... par écrans interposés mais aussi en transports publics, à vélo et même à pied. Un signe, Manhattan et Brooklyn s'apprêtent à accueillir 300 stations de vélos en libre-service, les Citi bikes.

En 2009, les 16/34 ans ont parcouru en moyenne près d’un quart de miles en moins en voiture que la même tranche d’âge en 2001. Parallèlement, la fréquentation des transports publics a augmenté de 10% entre 2005 et 2011. Chaque année, selon cette même source, plus de 10 milliards de trajets sont réalisés en transports collectifs qui ne représentent toutefois que 6% des déplacements motorisés aux États-Unis, selon l’Union internationale des transports publics.

La moitié des trajets sont faits en autobus et autocars exploités par une multitude de transporteurs privés dotés de quelques véhicules. La qualité de service, le confort à bord et la sécurité routière ne sont pas toujours au rendez. "Comparés à l’Europe, nos transports publics ne tiennent pas la route", commente un blogueur sur le site engagé .

Les French doctors - Transdev, Keolis, RATP Dev - chantres de la délégation de service public dans les transports collectifs, sont à leur chevet. Talonnés par le Britannique Firstgroup et l’Américain MV Transportation. Avec des marges bénéficiaires situées entre 10 et 15% aux États-Unis ou au Canada (comparé aux 2% en moyenne en France), on comprend l'appétit des opérateurs privés.

Le transport à la demande, une success story

Avec un marché du transport public totalement dérégulé au Canada et partiellement ouvert aux USA, "l’Amérique du Nord représente un potentiel énorme", confirme Mark Joseph, directeur général de la division Amérique de Transdev. Il a vendu son entreprise familiale Yellow Transportation au groupe français en 2001. Le chiffre d’affaires représentait alors 50 millions de dollars (environ 39 millions d’euros courants), il a gonflé tout de suite avec le gain du RER de Boston.
Resté aux commandes, le success man est depuis peu au Comex du nouveau Transdev. Et c’est lui qui est chargé d’exporter le modèle du transport à la demande à l'américaine et les Green Tomatoes à l'anglaise (Londres), sur le sol français.

En 2012, la filiale de Veolia environnement et de la Caisse des dépôts a réalisé 1,6 milliard de dollars de chiffre d’affaires (1,25 million d’euros) en Amérique du Nord. Soit un cinquième de son activité, avec 13 000 salariés aux États-Unis, 1 700 au Canada. Présent dans plus de 200 villes, le Français réalise 873 millions de dollars de chiffres d’affaires en transport régulier aux USA (tramway et bus de la Nouvelle Orléans, de San Diego, Savannah, Phoenix par exemple). Et 133 millions de dollars au Canada où il exploite quatre lignes de Bus à haut niveau de service sur 12 kilomètres, à York dans la banlieue de Toronto.

Fin 2011, Transdev a remporté un gros réseau de bus urbain et périurbain dans le comté de Nassau, sur Long Island, évinçant la régie municipale de New York, MTA, sommée par la collectivité locale de réaliser 30 millions de dollars d'économies ou bien de fermer la moitié des services. Le Français a remporté l'appel d'offres, et dû en découdre avec les conducteurs fortement syndiqués et renégocier tous les contrats de retraite et de prévoyance.

Prochain contrat remporté, celui des transports urbains de Milwaukee, dans le Wisconsin dont le gain sera officiel en juin 2013. Transdev est aussi en lice à Rhode Island et à Atlanta.


Mauvais joueur

En revanche, le Français a visiblement du mal à digérer la perte du contrat de Las Vegas, contre un autre tricolore, Keolis : "Je vais aller saluer les 1 000 employés du réseau en juillet et leur dire qu’on se reverra peut-être un jour, la vie est longue et je me demande bien comment la filiale de la SNCF compte ne pas perdre d’argent à Vegas…", lâche Mark Joseph, pas très bon joueur.

Vegas ou pas, l’objectif de Transdev est de passer à un quart, voire à un tiers du chiffre d’affaires de l‘autre côté de l’Atlantique (1). Par croissance organique. Les perspectives de développement sont du côté des lignes de bus urbains et périurbains, même si le marché est peu dérégulé aux Etats-Unis (9% seulement), les réseaux de métro et de tramways (Ottawa est dans la poche dans le cadre d’un consortium avec Alstom, et de multiples projets existent au Québec). Et toujours du côté du transport à la demande (TAD) : transport d’équipage aérien, de personnes à mobilité réduite, courses de taxi partagées, services de limousines.

Aux États-Unis, le TAD pèse pour près de 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires, et 268 millions pour Transdev. De quoi y porter un certain intérêt… Et tenter d’exporter cette activité en France. Le groupe espère réaliser 15% de son CA avec le TAD sur l’Hexagone d’ici à 2018. Avec des marges flirtant avec les 14%, comme c'est le cas chez Golden Touch.

Dans cette entreprise new yorkaise rachetée en 2006, ceux qui réalisent les transports à la demande sont des franchisés qui possèdent leurs véhicules et empochent 60% des recettes. Golden Touch apporte le business sur un plateau et empoche les 40% restants. Ce modèle intéressait des concurrents français : RATP Dev chercherait à acheter une compagnie de taxi, croit savoir Mark Joseph.

Les school bus dans le rétroviseur

Autre marché en ligne de mire et totalement ouvert, les school bus. Transdev vient de remporter un gros contrat scolaire à Boston (700 bus, 800 conducteurs) : "Le marché scolaire est difficile à percer car il faut s’aligner avec des véhicules neufs. Le candidat sortant les a déjà amortis", commente Yann Leriche, directeur adjoint de la division Amérique. A Boston, Transdev a réussi à convaincre l’autorité organisatrice d’être propriétaire des actifs, ce qui n’est jamais le cas pour les bus scolaires aux Etats-Unis ; il ne facture que sa prestation de transporteur et son savoir-faire d’exploitant. "Pour nous, ce contrat est une vitrine, derrière, le potentiel est aussi énorme", ajoute Y. Leriche.

En attendant, le gros défi, c’est de conserver les commandes du RER de Boston, un contrat de 340 millions de dollars, emblématique et rentable pour Transdev. Et le deuxième finaliste de l'appel d'offres n’est autre que Keolis, un autre Francais… également à capitaux publics. Réponse à la rentrée 2013.

Nathalie Arensonas

(1)  après cessions d’actifs envisagés pour résorber l’endettement de Transdev, le CA du groupe devrait se situer aux alentours de 6 milliards d’euros.