Lorsqu'il a officialisé la volonté de son groupe de se désengager de l'activité transport, le 6 décembre 2011 lors de l'Investor Day (photo), Antoine Frérot avait tout d'abord avancé un délai raisonnable de deux ans. Quelques jours plus tard, optimiste, le patron de Veolia Environnement (VE) espérait boucler le dossier d'ici à fin 2012.

Même si le fonds d'investissement luxembourgeois Cube Infrastructure, filiale de Natixis, a déposé début juin une offre ferme pour cette reprise (information révélée par les Echos puis Le Monde du 12 juin), "Cela risque de durer un certain temps, c'est compromis pour la fin de l'année", commente un proche du dossier. Contacté par Mobilicités, Cube de son côté, se refuse à tout commentaire.

L'offre du repreneur comporterait deux volets, selon Le Monde : tout d'abord, Cube s'engagerait à reprendre la partie de la dette de Veolia dans sa filiale de transport public, soit 900 millions d'euros (les 900 autres millions de dette sont à la charge de la Caisse des Dépôts et consignations (CDC), l'autre actionnaire à parité avec Veolia dans Veolia Transdev).
Cube proposerait aussi de verser une soulte de 175 millions pour devenir propriétaire de la totalité de la participation de Veolia dans sa filiale transport. Toujours selon Le Monde, cette somme serait inférieure de 75 millions d'euros à la valeur des actions Veolia Transdev inscrites dans les comptes de VE.

Deuxième essai de Cube

Pour rappel, début 2012, les dirigeants de VE étaient entrés en négociation exclusive avec Cube Infrastructure (lire). A l'issue de ce délai, le 1er mai, rien ou presque. Cube n'avait pas mis sur la table les moyens financiers pour reprendre la totalité des actifs de VE dans Veolia Transdev
Tout de suite après, un opérateur industriel allemand avait fait une offre. Selon les informations du Monde, ce deuxième candidat aurait finalement été éconduit. Information non confirmée par les intéressés qui se refusent à tout commentaire.

La CDC, l'autre actionnaire à 50% de Veolia Transdev, aurait-elle opposé son véto à l'arrivée d'un partenaire non pas financier mais industriel ? En effet, Rethmann est un opérateur de transport routier et de voyageurs outre-Rhin, et même l'ancien partenaire de Keolis dans Rhenus, entreprise ferroviaire régionale allemande (lire notre précédent article sur ce sujet).

"La Caisse des Dépôts a bon dos, commente-t-on rue de Lille, où l'on est visiblement agacé. "Le fait que l'actuel dirigeant de la Caisse soit en intérim (Augustin de Romanet a quitté ses fonctions avant l'élection présidentielle de mai, et son sucesseur définitif n'a pas encore été nommé par François Hollande, ndlr), n'a aucune influence sur le dossier Veolia Transdev", se défend un porteparole avant même que l'on ne pose la question de l'intérim.


Ménage à trois ?

Depuis l'annonce du désengagement de Veolia Environnement, la Caisse des Dépôts, sans doute furieuse de voir le partenaire avec lequel elle venait de signer un accord de fusion quitter si vite le navire (lire notre article sur la fusion en mai 2011), a posé, il est vrai, un certain nombre de conditions :
  • d'une part, le repreneur doit en priorité être un partenaire financier et pas un opérateur industriel,
  • d'autre part, les ambitions internationales de Veolia Transdev implantées dans 27 pays ne doivent pas être démenties.
Donc, pas question de démembrer l'entreprise ou de vendre les parts de Veolia par appartement. "Il est clair que le projet de l'entreprise n'est pas d'avoir une base géographique étriquée", commente un proche du dossier.
Mais pour financer cet appétit mondial, il faut des moyens. Or, selon les informations du Monde, Cube Infrastructure préfèrererait céder une partie des activités internationales de Veolia Transdev pour se recentrer sur l'Europe. Interrogé par Mobilicités, Cube s'est refusé également à toute explication.


Gouvernance

L'autre écueil, c'est la gouvernance du futur ensemble reconstitué. Avant son départ, le 7 mars 2012, Augustin de Romanet avait annoncé la détermination du bras armé de l'Etat de rester actionnaire majoritaire dans le groupe de transport public, voire de monter au capital. "Son sucesseur par intérim, Antoine Gosset-Grainville", ne dit pas le contraire, assure un porteparole de la Caisse.
Mais, au final, ce ne sera sans doute pas lui qui décidera du sort de Veolia Transdev, lequel sera forcément rebaptisé après le départ de veolia ou la cession partielle de ses actifs. Et qui en prendra la tête ? 

Selon un proche des négociations cité par Le Monde, "La CDC veut profiter du changement d'actionnaire pour imposer l'un des siens à la direction ou à la présidence de Transdev". Ce qui "commence à faire beaucoup pour un repreneur", poursuit-il.
Entre les aspects financiers et la bataille pour la gouvernance du nouvel ensemble, le bouclage du dossier semble encore bien loin.

Nathalie Arensonas