Plus aucune distinction entre le Plan de mobilisation pour les transports porté par la région Ile-de-France (six milliards d'euros à l'horizon 2017) et le Grand Paris Express dans le chantier exposé par le premier ministre pour la région-capitale, et rebaptisé "Nouveau Grand Paris" pour l'occasion. Pour les 200 kilomètres de lignes de métro automatique dotées de 72 gares, la facture finale avoisinera les 25 milliards d'euros et ce sera pour 2020-2030. Auxquels s'ajoutent les six milliarss efectifds du plan de mobilisation.

Pour Jean-Marc Ayrault qui, comme prévu, a rendu son arbitrage le 6 mars 2013 sur ce projet de lignes de métro multiples autour de la capitale, "il s'agit d'un plan unique et cohérent de modernisation et de développement du réseau (de transport). Il est d'une ambition sans précédent", et surtout... "Il est financé", a lancé le premier ministre dans un discours orchestré à l'université Paris Est de Marne-la-Vallée.

Ce n'était pas gagné. Car dans son rapport remis au gouvernement fin 2012, Pascal Auzannet avait revu la facture du Grand Paris Express largement à la hausse (29,5 milliards d'euros au lieu des 20 annoncés sous la présidence Sarkozy), sans que l'on sache bien comment financer cette super infrastructure de transport qui ne pourrait, selon l'expert, pas voir le jour avant 2030, voire 2040.
->  Lire "Le Grand Paris Express évalué à 30 milliards d'euros"

En bien, contre toute attente, Matignon a trouvé des solutions pour, d'une part mener intégralement le programme de modernisation des transports existants (notamment les RER qui rendent la vie impossible aux banlieusards). D'autre part, faire des économies dans la réalisation de ce projet titanesque assurant pouvoir économiser jusqu'à trois milliards d'euros en choisissant ici, du métro léger plutôt que du matériel de type RER, là des quais moins longs.
Enfin, et surtout, Jean-Marc Ayrault avance de nouvelles pistes et sources de financement.


Améliorer l'existant, et vite

"J'ai décidé d'affecter deux milliards d'euros supplémentaires aux opérations de modernisation et de développement du réseau existant : ce qui portera les engagements possibles à 7 milliards, et les crédits effectivement mobilisés à 6 milliards d'euros d'ici à 2017", indique le premier ministre. Qui promet que "Tous les chantiers prévus (dans le Plan de mobilisation des transports en Ile-de-France ndlr) seront mis en œuvre" :
  • nouveaux tramways comme le T4 pour desservir Clichy-sous-Bois et le plateau de Montfermeil,
  • RER prolongés (Eole vers Mantes-la-Jolie au delà de la Défense en 2015), et modernisés (RER B +, RER D en 2014, RER C en 2015)
  • Et fait nouveau, le prolongement de la ligne de métro 11 (Châtelet-Mairie des Lilas) non plus seulement jusqu'à Rosny en 2020 mais jusqu'à Noisy-Champs en 2025. En métro automatique. Ce qui permet de s'épargner la construction un tronçon de ligne initialement prévu dans le Grand Paris Express, entre Rosny et Noisy-Champs.
Ces deux milliards (qui s'ajoutent aux quatre milliards d'euros déjà sur la table) proviennent des caisses de la Société du Grand Paris (SGP) "pour lancer la dynamique du Nouveau Grand Paris", indique le conseiller transport de Matignon. Un milliard ira au prolongement du RER E vers Mantes la Jolie. L'autre milliard financera les lignes interconnectées avec le métro du Grand Paris, y compris la ligne 11, de Mairie des Lilas à Rosny.



"Réalisation intégrale" des lignes 15, 16, 17 et 18

"Le Nouveau Grand Paris est également financé, j'en confirme devant vous la réalisation intégrale, d'ici 2030", déclare Jean-Marc Ayrault.  Initialement caractérisées par un code couleur (rouge, verte, orange, bleue), les nouvelles lignes du super métro suivront la numérotation du réseau métropolitain de la RATP qui sont aujourd'hui au nombre de 14.

Devraient alors être mis en service :
  • à l'horizon 2020 : une partie de la ligne 15, rocade de métro entre Pont de Sèvres et Noisy Champs,
  • à l'horizon 2025: suite de la ligne 15 entre Nanterre et Saint-Denis Pleyel via La Défense,
  • avant 2030 : bouclage de la ligne 15 entre Rosny et Champigny,
  • en 2025/2030 : ligne 16 entre Noisy Champs et Saint-Denis Pleyel,
  • à l'horizon 2025 : ligne 17  entre Le Bourget et Gonesse,
  • avant 2030 : suite de la ligne 17 entre Saint-Denis Pleyel et l'aéroport de Roissy puis vers le Mesnil Amelot,
  • avant 2030 : ligne 18 entre Massy et l'aéroport d'Orly
  • 2030 : suite de la ligne 18 entre le plateau de Saclay et Versailles.
  • Comme prévu, la ligne de métro automatique 14 sera prolongée au nord jusqu'à Saint-Denis Pleyel "avant 2025". Et au sud jusqu'à l'aéroport d'Orly via l'Institut Gustave Roussy "avant 2030".
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Avec quel argent ?

Matignon estime tous ces projets à près de 25 milliards d'euros d'investissements pour la Société du Grand Paris (SGP) qui endosse un rôle de maître d'ouvrage (l'autorité organisatrice de plein exercice devenant le Syndicat des transports franciliens, le Stif), mais se retrouve face à une impasse de financement de 19 milliards d'euros.

Matignon envisage de déplafonner la taxe locale sur les bureaux (TLB). Son produit, près de 350 millions d'euros par an, est actuellement répartis entre l'Etat et la région, et la partie reversée à la SGP est plafonnée à 168 millions, le solde - 95 millions par an - venant abonder l'Agence nationale pour la rénovation urbaine et l'Etat. "C'est une ressource très dynamique qui pourrait faire rentrer jusqu'à 600 millions d'euros tous les ans dans les caisses de la SGP", estime le conseiller transport de Matignon.
La contribution de la SGP aux politiques de rénovation urbaine (Anru) sera par ailleurs supprimée.

Selon un rapport de la Chambre de commerce et d'industrie d'Ile-de-France, le métro du Grand Paris serait un sacré accélérateur de croissance économique pour la région avec des retombées fiscales à la clé pour l'Etat (évaluées à 60 milliards d'euros par an à l'horizon 2030) et donc, pour la SGP destinée à en voir la couleur.

Les services de Matignon assurent qu'il n'y aura aucun nouveau prélèvement obligatoire pour les entreprises avant 2020, date de la mise en service des premières lignes du Nouveau Grand Paris. Une taxe sur les nuitées d'hôtel ou une hausse du versement transport sont évoquées à partir de 2020, comme le préconisait le (UMP) sur le financement du projet de transport du Grand Paris, rédigé en 2009.



L'amende de stationnement à 35 euros ?

Autre source de financement, le recours à l'emprunt à long terme (jusqu'à 22 milliards d'emprunt selon les conseillers techniques de Matignon) avec des durées d'amortissement cible de 40 à 45 ans, et de nouvelles entrées fiscales pour les collectivités locales (priées de contribuer à hauteur de 225 millions d'euros) grâce à la dépénalisation du stationnement : le gouvernement étudie en effet la possibilité d'augmenter l'amende de stationnement de 17 euros à 30 ou 35 euros, a-t-on appris auprès des services de Matignon. La différence servirait à financer les transports publics et donc, le métro du Grand Paris.

"Avec le Nouveau Grand Paris, à moyen terme 90% des Franciliens habiteront à moins de 2 km d'une gare", a tweeté le premier ministre après son discours de Marne-La-Vallée. Certains devront attendre 2030.

-> Lire : "Le gouvernement étudie des mesures de dépénalisation du stationnement"

Nathalie Arensonas