Mobilicités : Plusieurs mois après sa création, le groupe fusionné Veolia-Transdev reste un sujet d'inquiétude pour les élus des Sociétés d'économie mixte dont Transdev était actionnaire ?

Il est vrai que la naissance de Transdev Veolia a entraîné beaucoup d'interrogations chez les élus des Sem historiques de transport, à Nantes, Montpellier, Grenoble ou Strasbourg. Il s'agit d'abord de savoir de quelle façon nous allions gérer cette nouvelle situation. Transdev était actionnaire de nos Sem, un nouveau groupe l'est devenu. Nous avons récemment fait le choix de laisser les partenariats existants aller à leur terme. A Strasbourg, cette échéance tombera fin 2012. Cela nous laisse une période d'observation pour voir comment les choses vont se passer. Plusieurs possibilités s'ouvrent ensuite. Soit continuer, soit choisir un autre partenaire comme la SNCF, la RATP, Keolis ou un opérateur étranger. Mais ce serait la fin d'un certain modèle.


Quelles sont vos craintes ?


Je n'ai pas d'hostilité à la création d'un géant mondial français du transport public mais je ne voudrais pas perdre cette relation particulière que Transdev a su nouer avec les autorités organisatrices pour arriver à des formes de fertilisation réciproque. Maintenant qu'il y a eu la fusion-absorption des deux groupes, et malgré les discours rasurants de Jérôme Gallot, la question est de savoir si l'esprit de notre collaboration peut perdurer. Quel est cet esprit ? C'est un dialogue constant entre l'autorité organisatrice et l'opérateur. Si nous n'avions pas eu Transdev dans les années 1990, si nous n'avions pas eu la possibilité d'avoir accès aux bonnes pratiques de Nantes et de Grenoble en matière de transport public et de bénéficier de la mise à disposition de cadres de Transdev, je pense que nous aurions commis des erreurs inutiles pour le lancement du tram de Strasbourg en 1994. Nous avons par exemple été pionniers en matière de plancher bas grâce au partage de ce savoir-faire. Il est clair que la culture de Veolia n'est pas la même que celle de Transdev. L'un incarne une forme de capitalisme boursier, l'autre est également privé mais privilégie un dialogue à long terme et une expertise.


Quelle assurances avez-vous obtenu des dirigeants de Veolia Transdev ?

Ce que nous disent aussi bien Antoine Frérot, le pdg de Veolia Environnement que Jérôme Gallot, le directeur général de Veolia Transdev que j'ai rencontré tout récemment, c'est qu'ils sont prêts à faire la même chose avec nous que ce que faisait Transdev. J'ai entendu parler de la création d'une filiale commune Caisse des Dépôts-Veolia Transdev qui reprendrait les participations de Transdev dans les Sem. Nous jugerons sur pièces.
Je suis très attaché à la Sem, c'est un outil aux mains de la collectivité locale pour développer une politique novatrice dans les transports publics et le stationnement. 

Propos recueillis par Marc Fressoz et Nathalie Arensonas