Starshipper, le nom fait un peu penser à un vaisseau spatial. Mais pas de capitaine Kirk ou de docteur Spock à bord. Juste une centaine de PME autocaristes réunies au sein du groupement "Réunir" et réparties sur une soixantaine de départements français.
Avec leurs 5 800 véhicules et leurs 7 000 salariés, ces transporteurs exploitent quotidiennement des lignes routières régulières interurbaines.

Des hommes de terrain donc, qui espèrent que la réglementation française autorise rapidement les lignes régulières entre les villes françaises. Un projet de loi présenté par l'ex ministre des Transports Thierry Mariani n'est pour l'heure pas à l'ordre du jour. En attendant, réunir vient d’investir un secteur très en vogue depuis quelques mois : les liaisons internationales par autocar (lire).

Pour Réunir, il ne s’agit pas de concurrencer Eurolines - le pionnier - avec son réseau des lignes longue distance à prix très serré, ni Megabus, le transporteur britannique qui a débarqué sur le marché en avril 2012 (lire).
Encore moins la SNCF qui veut changer l’image de l’autocar avec ses iDBUS et prendre des parts de marché à l’automobile (lire).
Non, ce qui intéresse Starshipper, c’est apporter une réponse à des besoins de déplacement qu’ils estiment non satisfaits.

 

L'offre crée la demande

Premier exemple de cette ambition, l’ouverture le 6 juillet 2012 d’une première ligne régulière quotidienne entre Lyon et Turin, deux capitales régionales voisines. Cette liaison exploitée par les Courriers Rhodaniens proposera un à deux allers-retours par jour, via Chambéry.
Temps de parcours 4h25, soit exactement le même temps que la liaison TER qui existe déjà ! Rien d’étonnant à cela puisque cette liaison ferrée est exploitée par les mêmes Courriers Rhodaniens, pour le compte de la SNCF. En fait, l’offre de la SNCF, financée conjointement par la Région Rhône-Alpes et son homologue piémontaise, est assez pauvre (un aller-retour quotidien, cinq jours par semaine) et il est fortement question de l’abandonner. Confronté à de gros soucis budgétaires, le Piémont a arrêté de la financer.

Pourtant les Courriers Rhodaniens "estiment qu’il existe un vrai besoin de déplacement à la fois professionnels et touristiques entre Lyon et Turin, un bassin de vie qui compte environ 10 millions d’habitants. Certains jours ils pourraient doubler leur offre", explique Réunir.
Le transporteur rhône-alpin va donc continuer à assurer les liaisons TER en autocar pour le compte de la SNCF, mais il complète l’offre avec Starshipper. Aux risques et périls cette fois, c'est-à-dire sans aucun conventionnement de la région.
Soitbquatorze allers-retours par semaine, dont dix exploités par Starshipper. Un astucieux mélange entre transport conventionné et transport privé qui part de l’idée que l’offre crée la demande.

 

Une douzaine de lignes en 2013

Le tout à bord d'autocars de 13 mètres et 49 places, climatisés, équipés de prises électriques, du wifi gratuit et de toilettes. Prix du voyage aller-retour Lyon Turin : de 52 euros le week end à 72 euros en semaine (45 et 62 € pour un Chambéry Turin aller-retour).
Pas de yield management (tarification en fonction du taux de remplissage du car), Starshipper ayant, comme la SNCF avec iDBUS, opté pour des tarifs fixes publiés longtemps à l’avance du moins pour cette ligne dont les tarifs sont strictement les mêmes que ceux en vigueur sur la ligne TER. Comme pour iDBUS, les voyageurs pourront bientot choisir leur place au moment de la réservation sur le site 

Cette comparaison avec l’offre autocar de la SNCF n’est pas anodine mais la comparaison s'arrête là. Contrairement au transporeur ferroviaire le groupement de PME n’a pas l’intention de se lancer dans des lignes internationales longue distance.
Pas de voyage au long cours mais plutôt du moyen courrier local. Aujourd’hui, seules les lignes routières internationales sont ouvertes à la concurrence et en se positionnant sur ce marché, les autocaristes anticipent une éventuelle ouverture du marché des lignes interrégionales pour relier les villes françaises. Après Lyon-Turin, Starshipper devrait ouvrir une douzaine de liaisons de ce type en 2013. Vers la péninsule ibérique ? Réunir n'a pas voulu divulguer les prochaines destinations.

Robert Viennet